Les sables bitumineux

Les sables bitumineux : un danger local et global

Les sables bitumineux sont d’énormes dépôts de bitume – un mélange d’argile, d’eau, de sable et de pétrole brut, raffiné à l’aide de procédés complexes et énergivores qui causent des dommages environnementaux à grande échelle. De petites particules de sable sont couvertes de pétrole lourd, et une mince couche d’eau se trouve au milieu. Le sable et l’eau doivent être séparés du pétrole, produisant quatres tonnes de sable pour chaque baril de pétrole extrait. De plus, trois barils d’eau doivent être soustraits de la rivière pour chaque baril de pétrole. L’enquête sur les ressources énergétiques de 2010 (Survey of Energy Resources) décrit les réserves[1].

Le bitume naturel et le pétrole lourd sont caractérisés par une haute viscosité, une densité éleveé, ainsi qu’une concentration élevée en azote, en oxygène, en soufre et en métaux lourds. Ces caractéristiques ont pour résultat des coûts d’extraction, de transport et de raffinage plus élevés que ceux du pétrole conventionnel.

Les plus grands dépôts de sables bitumineux au monde sont situés au Canada. Contrairement au forage et au pompage employés pour l’extraction du pétrole traditionnel, les sables bitumineux requièrent d’énormes projets miniers pour accéder au bitume et le raffiner.

En Alberta, l’excavation des sables bitumineux pollue la rivière Athabasca et remplit l’air de substances toxiques. Les sables se trouvant principalement dans la forêt boréale canadienne[2], une coupe à blanc est nécessaire pour permettre l’excavation. Les écosystèmes du nord font face à des dommages irréversibles, et les promesses de renaturation faites par les compagnies demeurent inaccomplies. En 2008, seulement 0,2 % des terres perturbées par l’exploitation des sables bitumineux étaient considérées renaturées, et même là « le complexe de forêts et de basses terres humides a été transformé en collines sèches, avec de nouveaux chemins pour utilisation humaine ». Le porte-parole de Syncrude, la compagnie qui possède les terres renaturées, a affirmé fièrement : « Si on ne regarde pas attentivement, ça se fond dans le paysage naturel.[3] » Plus de 65 000 hectares de forêts ont déjà été perdus, avec peu d’espoirs de récupération[4]. Les coûts environnementaux, sociaux et de santé des sables bitumineux sont énormes sur plusieurs niveaux.

Dans toute discussion des chagements climatiques, les sables bitumineux sont d’une importance première. Chaque baril de bitume produit émet trois fois la quantité de gaz à effet de serre comparé au pétrole conventionnel[5]. En somme, on projette que les sables bitumieux auront émis 108 millions de tonnes de GES anuellement d’ici 2020, c’est-à-dire environ un cinquième de l’empreinte carbone totale du Canada[6]. Ce projet émet déjà plus de carbone que la totalité des voitures du Canada, à un taux de 40 millions de tonnes par année[7]. À cause des sables bitumineux, les émissions du Canada ont crû plus que celles de toutes les autres nations du G8 – une augmentation totalisant 24.1 % entre 1990 et 2008. Le Canada a maintenant une empreinte écologique par habitant parmi les plus élevées du monde[8]. James Hansen, ancien scientifique spécialiste du climat, a écrit dans le New York Times que « si le Canada procède [avec ce développement], et nous ne faisons rien, ce sera game over pour le climat[9] ». Les conséquences globales de l’exploitation des sables bitumineux font craindre un emballement climatique irréversible.

Les sables bitumineux ont aussi des conséquences locales dangereuses là où l’exploitation est faite. Les communautés autochtones dans la région des sables bitumineux signalent des niveaux abnormalement élevés de cancers et de maladies auto-immunes rares, et les poissons qui vivent en aval du projet sont souvent malformés et non comestibles[10]. La concentration élevée de sites d’exploitation correspond à des niveaux élevés de contaminants et de métaux lourds dans les cours d’eau du bassin versant, et l’écosystème est moins apte à s’en nettoyer. En effet, une étude menée en 2009 a constaté une augmentation de deux à trois fois des niveaux de mercure dans les cours d’eau sous les sables bitumineux durant la période estivale, ainsi que des hausses importantes dans les niveaux d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de substances carcinogènes et de polluants atmosphériques puissants. Des contaminants similaires étaient présents dans la neige et dans la glace[11].

Une grande partie de l’eau excédentaire produite par le processus d’extraction s’accumule dans d’immenses bassins de décantation qui tuent les oiseaux qui y atterrissent et qui « sont soupçonnés de laisser fuire des substances chimiques dans les eaux souterraines[12] ». Ces bassins contiennent plus de 720 millions de mètres cubiques d’eau et couvrent plus de 130 millions de kilomètres carrés de terre. Pendant les quarante années de développement, aucun bassin de décantation n’a été nettoyé suffisamment pour être désigné comme renaturé13. Des groupes environnementaux ont présentés des preuves solides de l’écoulement des bassins de décantation, and les compagnies pétrolières ont reconnu l’existence du problème[14]. Jusqu’à 166 millions d’oiseaux pourraient être perdus pendant les prochaines 30 à 50 années dû à la perte d’habitat et aux bassins de décantation[15]. De plus, les avantages économiques promis aux communautés indigènes ne se sont pas nécessairement matérialisés, et le développement est accompagné d’un coût humain extraordinaire. Le Pembina Institute souligne les graves problèmes de santé[16], incluant

  • une augmentation de 30 % du taux de cancer à Fort Chipewyan par rapport au taux prévu selon les 12 années précédentes;
  • une augmentation de trois fois du taux de leucémie et de lymphome;
  • une augmentation de sept fois du taux de cancer des voies biliaires;
  • une augmentation du taux d’autres types de cancer, comme la sarcome des tissus mous et le cancer du poumon chez les femmes.

L’exploitation des sables bitumineux menace les communautés à travers l’Alberta, pollue l’environnement et contribue aux changements climatiques globaux.


[1] World Energy Council. “2010 Survey of Energy Resources” (London: World Energy Council, 2010) 123. <<http://www.worldenergy.org/documents/ser_2010_report_1.pdf>>.

[2] Sierra Club Canada. “Tar sands and the Boreal Forest”. <<http://www.sierraclub.ca/en/tar-sands/publications/tar-sands-boreal-forest>>.

[3] Hildebrand, Joyce. “Reclamation Illusions in Oil Sands Country: Lack of Legislation, Financial Preparedness, Undermine reclamation Efforts.” The Parkland Institute. Spring / Summer 2008. <<http://parklandinstitute.ca/post/story/reclamation_illusions_in_oil_sands_country/>>.

[4] Timoney, Kevin P. and Peter Lee. “Does the Alberta Tar Sands Industry Pollute? The Scientific Evidence” (The Open Conservation Biology Journal, 2009, 3) 65-81. <<http://cahr.uvic.ca/nearbc/documents/2009/Alberta-Tar-Sands-Industry-Pollute.pdf>>.

[5] Nikiforuk, Andrew. Tar sands: Dirty Oil and the Future of a Continent. (Vancouver: Greystone, 2010) 3.

[6] Schindler, David. “Tar sands Need Solid Science” (Nature 468, 25 Nov 2010) 499-501. <<http://www.nature.com/nature/journal/v468/n7323/full/468499a.html>>.

[7] Greenpeace. “Tar sands: Learn About”. <<http://www.greenpeace.org/canada/en/campaigns/Energy/tarsands/Learn-about/>>.

[8] United Nations Framework Convention on Climate Change. “Report of the individual review of the annual submission of Canada submitted in 2010” 21 April 2011. <<http://unfccc.int/resource/docs/2011/arr/can.pdf>>.

[9] Hansen, James. “Game Over for the Climate” (New York Times, 9 May 2012). <<http://www.nytimes.com/2012/05/10/opinion/game-over-for-the-climate.html?_r=2&emc=eta1>>.

[10] Schindler, David. “Tar sands Need Solid Science” (Nature 468, 25 Nov 2010) 499-501. <<http://www.nature.com/nature/journal/v468/n7323/full/468499a.html>>.

[11] Liberal Report from the Study of the Standing Committee on Environment and Sustainable Development on the Impact of Oil Sands Development on Canada’s Freshwater. “The Hidden Dimension: Water and the Oil Sands” 15-17. <<http://francisscarpaleggia.liberal.ca/files/2010/08/The-Hidden-Dimension_Water-and-the-Oil-Sands.pdf>>.

[12] Schindler, David. “Tar sands Need Solid Science” (Nature 468, 25 Nov 2010) 499-501. <<http://www.nature.com/nature/journal/v468/n7323/full/468499a.html>>.

[13] New Democratic Report on the Standing Committee Review of the Impacts of Oil Sands Developments on Water Resources. “Missing in Action: The Federal Government and the Protection of Water in the Oil Sands” 13. <<http://www.billsiksay.ca/images/issues/NDP%20Report_Missing%20in%20Action_The%20Federal%20Government%20and%20protection%20of%20water%20in%20the%20oil%20sands.pdf>>.

[14] Liberal Report from the Study of the Standing Committee on Environment and Sustainable Development on the Impact of Oil Sands Development on Canada’s Freshwater. “The Hidden Dimension: Water and the Oil Sands” 15. <<http://francisscarpaleggia.liberal.ca/files/2010/08/The-Hidden-Dimension_Water-and-the-Oil-Sands.pdf>>.

[15] Wells, Jeff Ph.D. “Danger in the Nursery: Impact on Birds of Tar sands Oil Development in Canada’s Boreal Forest” (National Resources Defense Council Report, Dec 2008) iv. <<http://www.nrdc.org/wildlife/borealbirds.pdf>>.

[16] Droitsch, Danielle and Terra Simieritsch. “Canadian Aboriginal Issues with Oil Sands: A Compilation of Key Issues, Resolutions and Legal Issues” (The Pembina Institute: Sept 2010) 2.